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Avant de relire Le Roi Lear

Sonnet d'après John Keats (1818)

Ô Chant aux notes d’or et cordes d’alcyon !
Sirène au beau plumage ! Ô Reine du lointain !
Laisse ta mélodie : ferme, en ce froid matin,
Tous tes feuillets d’antan, et tais le moindre son.

Adieu ! car à nouveau, le conflit terrien
Entre la damnation et la fervente argile
Va m’embraser : je dois me soumettre, docile,
Au parfum doux-amer de ce fruit shakespearien.

Poète ultime ! — Et vous, nuages de cette Île,
D’où vient notre divin, profond thème éternel,
Lorsque dans la chênaie j’emmènerai mon âme,

N'allez donc point la perdre en un rêve stérile —
Mais quand je reviendrai consumé par les flammes,
Tel Phénix, pour l’envol renouvelez ses ailes.

O golden-tongued Romance with serene lute!
Fair plumed Syren! Queen of far away!
Leave melodizing on this wintry day,
Shut up thine olden pages, and be mute:

Adieu! for once again the fierce dispute,
Betwixt damnation and impassion'd clay
Must I burn through; once more humbly assay
The bitter-sweet of this Shakespearian fruit.

Chief Poet! and ye clouds of Albion,
Begetters of our deep eternal theme,
When through the old oak forest I am gone,

Let me not wander in a barren dream,
But when I am consumed in the fire,
Give me new Phoenix wings to fly at my desire.