Main Content

La Seconde Venue

W.B. Yeats, The Second Coming (1920)

Sans cesse élargissant son tourbillon
Le faucon n'entend plus le fauconnier ;
Tout s'écroule, le centre ne tient plus ;
L'anarchie se déchaîne sur le monde,
Une marée de sang monte et partout
Noie la cérémonie de l'innocence ;
Les meilleurs ne croient plus en rien, les pires
Sont pleins d'une intensité passionnée.

Oui, sûre, une révélation se trame ;
La Seconde Venue, sûre, se trame.
La Seconde Venue ! Aussitôt dit,
Un souvenir du Spiritus Mundi
Trouble ma vue : quelque part au désert
Une forme à corps de lion, tête d'homme,
L’œil cruel et nu, comme le soleil,
Meut ses lentes cuisses, tandis qu'autour
Vire l'ombre indignée des charognards.
Les ténèbres retombent ; alors, je sais
Que le sommeil de pierre de vingt siècles
Tourne au tourment par le bruit d'un berceau,
Et quelle bête, l'heure enfin venue,
Se traîne vers Bethléem pour y naître ?

Turning and turning in the widening gyre
The falcon cannot hear the falconer;
Things fall apart; the centre cannot hold;
Mere anarchy is loosed upon the world,
The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere
The ceremony of innocence is drowned;
The best lack all conviction, while the worst
Are full of passionate intensity.

Surely some revelation is at hand;
Surely the Second Coming is at hand.
The Second Coming! Hardly are those words out
When a vast image out of
Spiritus Mundi
Troubles my sight: somewhere in sands of the desert
A shape with lion body and the head of a man,
A gaze blank and pitiless as the sun,
Is moving its slow thighs, while all about it
Reel shadows of the indignant desert birds.
The darkness drops again; but now I know
That twenty centuries of stony sleep
Were vexed to nightmare by a rocking cradle,
And what rough beast, its hour come round at last,
Slouches towards Bethlehem to be born?